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Les quatre saisons sans Vivaldi

Les saisons font plus que rythmer nos vies : elles les imprègnent. Car en plus de déterminer nos activités, notre alimentation, nos lieux d’habitation, les ambiances et les émotions propres à chacune modèlent nos humeurs. En cela, elles ressemblent beaucoup à la musique. 

Au fil des saisons se succèdent sur la même branche d’arbre des écharpes de fleurs, des feuilles tendres, des fruits verts, puis rouges, un feu d’artifice automnal, puis un gris austère bientôt rehaussé de bourgeons verts ; dans les champs et les bois, les couleurs et les textures changent chaque semaine ou presque : c’est sûrement en regardant les saisons que les compositeurs ont appris les arts de la variation, du développement et de l’orchestration, autrement dit la matière de la plupart des œuvres classiques.

Les saisons n’ont rien à envier aux formes musicales : l’année est une symphonie dont elles forment les mouvements, à la fois divers et cohérents, et comme les quintes sur le clavier, c’est pour revenir au point de départ. Elles partagent avec ces formes musicales le goût des symétries et des oppositions : l’Eté s’oppose à l’Hiver, mais le Printemps et l’Automne se ressemblent, et on peut de même les opposer ou les combiner par paires[1]. Bref, les saisons sont musicales.

Aucune détestation dans le choix de ne pas jouer celles de Vivaldi. Il s’agit juste de montrer que d’autres compositeurs ont eux aussi su raconter au moyen de la musique la magie et l’émotion des saisons, et ainsi d’illustrer la richesse et la diversité du répertoire classique. 

On entendra par exemple, Le Voyage d’Hiver de Schubert, les Sonatines sur les saisons de Guy Sacre, L’Eté de Nicolas Bacri, Les Quatre Saisons de Bodin de Boismortier, Das Jahr (l’année) de Fanny Mendelssohn, Les Saisons de Tchaïkovsky… Haydn, Beethoven, Félix Mendelssohn, Schumann, Grieg, Sibelius, Piazzolla… auraient pu eux aussi figurer à l’affiche avec leurs œuvres sur les saisons, sans oublier celles qu’on trouve dans les Scherzi et Canzonette de Biagio Marini (1594-1663).

Le « pèlerinage » parmi le patrimoine naturel et architectural des forêts de Compiègne et de Laigue qu’est le Festival des forêts se veut un banquet musical et un feu d’artifices de surprises. Pour cela, il empruntera aussi d’autres sentiers que ceux des saisons. Citons-en ici quelques-uns.

  • La reprise du Te Deum pour Notre-Dame de Thierry Escaich par les 180 musiciens réunis par l’Orchestre national de Lille, au-delà de l’ampleur de l’événement, procurera l’occasion de célébrer un des grands compositeurs de notre temps qui est associé depuis sept ans au festival, notamment en animant l’académie de composition Léo Delibes.
  • Un autre grand rendez-vous sera le traditionnel concert au parc de la Brunerie à Choisy-au-Bac, avec les vents de l’Orchestre de Picardie et un final pyrotechnique renouvelé.
  • L’immersion dans la forêt reste la marque de fabrique du festival, avec quatre balades musicales guidées précédant certains des concerts et 6 bains de forêt musicaux.
  • Ces derniers illustrent la capacité de la musique classique à participer au bien-être, qui s’incarnera notamment dans le Concert méditatif proposé par l’Orchestre de Chambre slovaque.
  • Outre un projet pédagogique qui touche 450 élèves durant l’année scolaire, la mission d’initier les enfants à la musique classique se prolonge avec les trois ateliers Petites Zoreilles et avec la Folle Journée des Kids, qui aura lieu sur le site de Saint-Pierre en Chastres désormais confié au festival.
  • Fruit d’une collaboration de quatre festivals classiques qui ensemble totalisent plus de 30 000 spectateurs, le concert final invite, pour une déambulation musicale suivie d’un concert, deux des jeunes musiciens classiques les plus en vue, Raphaël Feuillâtre et Aurélien Pascal.

Comme pour les 33 éditions précédentes, les artistes, les programmes et les lieux ont été choisis avec l’oreille et le cœur, et l’équipe permanente, les bénévoles et les 92 partenaires restent réunis par la même passion : tout est prêt pour une nouvelle éclosion !

Bruno Ory-Lavollée


[1] Le sujet de la fugue en do# mineur du 2e livre du Clavier bien tempéré présente les mêmes symétries, avec ses deux tierces entrecroisées (do#, si#, mi, ré#) ; cette « fugue de la croix », pourrait donc s’appeler « fugue des saisons ».