Situé dans la commune de Vieux-Moulin, le Mont Saint-Pierre-en-Chastres se hisse au rang des points les plus élevés et des sites les plus remarquables de la forêt de Compiègne. Culminant à 137 mètres d’altitude, il forme un plateau de 22 hectares sur lequel se dressent les vestiges d’un ancien prieuré rappelant que le site fut un haut lieu de vie monastique dès le Moyen-Âge.
Considéré comme une « butte témoin » du Lutécien inférieur, le Mont Saint-Pierre-en-Chastres est constitué d’un entablement de calcaire grossier à forte proportion de nummulites.
Sa situation de promontoire, la présence de l’eau, son large plateau et la fertilité de son sol ont rapidement constitué des atouts favorables à l’occupation humaine. Les fouilles archéologiques menées sur les marges du site dès la deuxième moitié du XIXè s. et au cours du XXè s. ainsi que celles réalisées en 2017 dans le périmètre des ruines du monastère, éclairent les périodes successives d’occupation. Associées et confrontées aux sources archivistiques et bibliographiques, ces recherches scientifiques de terrain permettent de livrer une histoire du site de Saint-Pierre-en-Chastres, non sans laisser quelques zones de mystère et de doute.
1- De l’Âge du Bronze à l’Antiquité
L’intérêt pour le site, d’un point de vue archéologique, commence au second Empire lorsque Napoléon III, féru d’histoire antique, se penche sur les récits consacrés à la guerre des Gaules. Souhaitant recenser tous les camps militaires à l’époque de la conquête romaine, il ordonne des fouilles sur le Mont Saint-Pierre. Menés de 1863 à 1865 sous la direction de l’architecte Viollet-le-Duc et sous la surveillance de l’architecte Lucjan Wyganowski, les travaux de fouille mettent à jour un double système fossoyé encerclant le plateau ainsi que de nombreux objets de différentes époques (silex du Néolithique / épées, haches, boutons ou épingles de l’âge de bronze / important mobilier en fer d’époque gauloise comme des couteaux, clefs, fibules, pointes de flèches ou monnaies / pesons en terre cuite et traits de catapulte de l’époque romaine…).
Forts de ces découvertes et convaincus de se trouver sur un ancien site fortifié romain, Viollet-le-Duc et l’empereur ordonnent la restitution grandeur nature d’une fortification principale constituée d’un rempart de terre et de pierres implanté sur l’arête du plateau et d’une fortification secondaire faite de deux fossés parallèles, placés au départ de pente.
Déposé au musée des Antiquités nationales à Saint-Germain-en-Laye, le mobilier ainsi découvert est mis en valeur.
L’hypothèse – développée par Napoléon III dans un passage de son ouvrage « Histoire de Jules César » publié en 1866 – selon laquelle le Mont Saint-Pierre aurait abrité un camp retranché romain lors de la bataille contre les Bellovaques installés en face sur le Mont Saint Marc, fait toujours l’objet de vives réserves et polémiques.
D’ailleurs, les archéologues des XXè et XXIè s soulèvent cette difficulté à caractériser le site. Dès 1908, Octave Vauvillé évoque plutôt un oppidum gaulois dans la mesure où la superficie du plateau n’était pas suffisamment importante pour accueillir les quatre légions romaines.
Les campagnes de fouilles menées par Michel Jouve en 1972 et par Jean-Claude Blanchet en 1992 ont permis de collecter sur le site un mobilier de l’âge du Bronze final et de la Tène finale. Ces chercheurs n’excluent pas l’hypothèse que le site ait été un camp fortifié dès l’âge du Bronze.
Les fouilles entreprises en 2017 dans l’enceinte du monastère dans le cadre du diagnostic archéologique de l’INRAP confirment la présence humaine dès l’âge du Bronze et Jean-Louis Bernard, l’archéologue en charge de ces fouilles, conclut ainsi : « Si la plate-forme est habitée dans l’Antiquité, ce n’est probablement pas à l’emplacement du monastère médiéval ».
2- Périodes du Moyen-âge et Moderne
Les auteurs anciens comme Nicolas Bergeron au XVIè s., Claude Carlier au XVIIIè s. ou Léon Ewig au XIXè s. mentionnent dans leurs ouvrages la présence de vestiges d’anciennes murailles de trois châteaux d’où le nom « en chastres » dérivé du latin « castris » signifiant châteaux. Mais aucun élément scientifique ne vient étayer cette affirmation.
Ils mentionnent sur le site, à l’époque carolingienne, un domaine donné par l’empereur Charles le Chauve, pour partie à Notre-Dame de Soissons et pour autre partie à l’abbaye Saint-Crépin-le-Grand de Soissons afin d’y établir les religieux mis en retraite en raison de leur âge avancé et de leur état de santé. Ainsi, dès la fin du IXè s., le mont accueille des bâtiments et une chapelle placée sous l’invocation de Saint-Pierre. Rattaché à la châtellenie de Pierrefonds, le site devient le Mont Saint-Pierre-en-Chastres. Ces religieux bénédictins ont demeuré sur le mont jusqu’en 1308, date à laquelle le roi Philippe le Bel négocie leur départ afin d’accueillir une autre communauté religieuse, celle des célestins. Si l’acte de 1308 relatif à la fondation du monastère des célestins évoque « la maison et ses dépendances » occupées alors par les religieux dépendant de l’abbaye de Saint-Crépin-le-Grand de Soissons, ce qui prouve leur existence, il n’apporte malheureusement aucune autre précision.
Le diagnostic archéologique n’a pas non plus permis de situer les éventuels bâtiments monastiques de cette période mais a toutefois révélé « un ensemble de fosses-silos contenant exclusivement du mobilier haut médiéval, des céramiques du Xè s. principalement, attestant d’une occupation structurée et longue à la fin de l’époque carolingienne et au moyen-âge central ».
Du début du XIVè s. jusqu’en 1778, le site devient un haut lieu de vie monastique occupé par les moines célestins dont l’histoire sera évoquée dans la deuxième partie de cette présentation. Les ruines actuelles du prieuré, le récent diagnostic archéologique ainsi que les plans, dessins et archives permettent une analyse assez précise de la composition architecturale du monastère et de l’aménagement du plateau à l’époque moderne.
D’après le plan d’arpentage réalisé par Le Tellier en 1740 et conservé aux Archives départementales de Beauvais, l’enclos monastique est entouré de terres exploitées en labours et en prairies (sain foin). Une longue allée bordée d’ormes mène à la porte du site. Le plan aquarellé signé de B. Mosnier en 1807 et conservé à la bibliothèque de Compiègne (Fonds Léré), montre un plateau entièrement cultivé autour de l’enclos monastique dont on distingue tous les bâtiments qui le composent tout en indiquant par un jeu de couleurs ceux qui sont en ruine et ceux qui subsistent. Ainsi, en ce début du XIXè s., seuls le pavillon (aujourd’hui maison forestière) et la ferme (hangar de ferme en forme d’équerre et habitation aujourd’hui disparus) sont en place, ainsi qu’un bâtiment au nord-ouest du site, également disparu de nos jours. L’église, la chapelle et les bâtiments conventuels sont déjà en ruine. Au centre du carré claustral situé au plus près de l’église, figure l’if multi-centenaire. Planté vraisemblablement par les moines au XIVè s., il y est encore actuellement.
De l’église, il ne subsiste que le portail gothique à fines colonnettes datant de la fondation du monastère (XIVè s.) et un portique en pierre calcaire datant de la fin du XVIIè s. ou du début du XVIIIè s. Ce portique, plaqué contre le mur du chevet du XIVè s., est richement décoré et laisse apparaître deux niches qui accueillaient autrefois les statues de St-Pierre et St-Paul. Attribuées au sculpteur François Dumont (1688-1726), elles sont actuellement conservées dans l’église St-Jacques à Compiègne. Le sondage réalisé dans la nef en 2017 a révélé la présence d’une barrière de chancel séparant le chœur monastique de la partie du fond de la nef réservée aux visiteurs.
A la fin du XIVè s., l’ancien mur latéral sud de l’église est démoli et remplacé par deux piliers surmontés de trois arcades pour s’ouvrir sur la chapelle en cours d’édification, les massifs de fondation de cette triple arcade ont d’ailleurs été révélés lors du dernier sondage du diagnostic archéologique.
Cette chapelle dont on connaît le détail de la construction dans un compte de dépenses conservé aux Archives nationales, a été bâtie entre 1398 et 1400 à la demande du très pieux Louis d’Orléans, premier duc d’Orléans et du Valois. La chapelle était voûtée de trois croisées d’ogives dont les retombées, toujours visibles à ce jour, s’effectuent sur des culs-de-lampe finement sculptés.
Sur son flanc nord, la nef de l’église s’ouvrait sur les bâtiments conventuels. Elevés sur deux étages, ils formaient avec l’église un quadrilatère aménagé autour de deux préaux. L’un des bâtiments abritait au premier étage les cellules des moines et au rez-de-chaussée, une salle du chapitre et des salles de travail. Unique vestige de ces bâtiments, l’imposant pavillon de l’ancienne maison forestière faisait partie du bâtiment destiné aux visiteurs. Construit au milieu du XVIIè s., il aurait servi de maison au prieur. Quelques descriptions du XIXè s. évoquent « des pièces spacieuses avec des plafonds à caissons et des dessus de porte représentant des scènes champêtres ». Il conserve une magnifique charpente en forme de coque de bateau renversée.
Dans ces murs, des hommes se sont succédé pour se consacrer à la vie monastique pendant plus de 400 ans, ils s’appelaient les Célestins.
1- L’ordre des célestins et leur arrivée en France
L’ordre des célestins est fondé en Italie centrale au milieu du XIIIè s. par Pietro Angeleri, moine ermite bénédictin, plus connu sous le nom de Pierre de Morrone (ou Murrone) en référence au Mont Morrone (région des Abruzzes) où il se retire pour vivre dans une totale solitude et absolue austérité. Vers 1251, il y crée une congrégation reconnue dès 1264 par le Pape Urbain IV et rattachée à l’ordre de Saint-Benoît. D’autres monastères voient le jour et la renommée de Saint Pierre de Murrone grandit au point d’être élu pape sous le nom de Célestin V. Il est couronné le 29 août 1294 à L’Aquila dans l’église Santa Maria di Collemaggio, où se trouve aujourd’hui son tombeau. Mais, au terme de cinq mois de pontificat, il abdique sur les conseils de Benoît Caetani qui lui succède le 24 décembre sous le nom de Boniface VIII. Ce dernier, pour éviter une éventuelle tentative de restauration, le fait arrêter et le tient prisonnier dans le château de Fumone jusqu’à sa mort, le 19 mai 1296.
Lors de son bref pontificat, Célestin V promulgue les premières constitutions de son ordre, rédigées entre 1274 et 1294 alors qu’il était encore Pierre de Morrone.
Bien que rattachés à l’ordre de Saint-Benoît, les célestins adoptent un mode de vie plus austère se rapprochant de celui des Franciscains. Les frères qui pratiquent l’abstinence perpétuelle et l’office de nuit, portent une tunique blanche dont les manches sont retroussées, avec un scapulaire, un capuchon et une coule de couleur noire, les frères convers ayant un habit brun avec un scapulaire noir en bas duquel on trouve une croix blanche avec une S entrelacée.
C’est dans un contexte fortement politisé que l’ordre des célestins s’implante en France au début du XIVè s. En effet, une rivalité oppose le roi de France Philippe IV le Bel au Pape Boniface VIII depuis que ce dernier déclare en 1302 dans sa bulle Unam Sanctam la supériorité du pouvoir spirituel sur le temporel rendant ainsi les rois responsables devant le chef de l’Eglise.
Dans sa lutte contre la primauté pontificale et contre Boniface VIII qu’il cherche à discréditer et dont il souhaite amoindrir le prestige, Philippe le Bel est porté à admirer son prédécesseur. Œuvrant à la canonisation de Célestin V qui aboutit en 1313, le roi de France fait venir d’Italie, par l’intermédiaire de son ambassadeur Pierre de Sorra, douze moines célestins qu’il installe à Ambert dans la forêt d’Orléans en 1304. Quatre ans plus tard, six moines du monastère d’Ambert sont installés au Mont Saint-Pierre en Chastres dans la forêt de Cuise, ancien nom donné à la forêt de Compiègne.
Tout au long des XIVè et XVè s., les fondations de monastères célestins se multiplient et sont pour l’essentiel le fait de la noblesse, soutenue par le roi. Dans la France méridionale, quelques-unes sont à l’initiative de la papauté ou de la cour pontificale. La France compte une petite vingtaine de monastères qui suivent la Constitution de France, laquelle a connu trois rédactions successives dont celle de 1670 qui, après le constat d’un relâchement des mœurs dans certains monastères, redéfinit un cadre strict pour un retour aux observances traditionnelles.
L’ordre des célestins n’a pas résisté aux pressions de la commission royale établie en France pour réformer le clergé régulier. Dès 1771, les monastères célestins ne peuvent plus recevoir de novices et l’ordre est définitivement supprimé en 1778 tandis qu’en Italie, l’ordre ne disparaît qu’en 1807.
A la veille de la suppression de l’ordre des célestins, la « liste générale des abbayes, prieurés et couvents d’hommes » dressée en 1768 par Léon Lecestre fait apparaître 19 monastères célestins répartis dans 15 diocèses avec 165 frères et un revenu de 344 768 livres.
2- Le monastère célestin au Mont Saint-Pierre-en-Châtre : de sa fondation à sa suppression.
Le monastère de Saint-Pierre-au-Mont-de-Châtre est de fondation royale et dépend du diocèse de Soissons. Philippe IV le Bel dont le frère cadet Charles tient en apanage le comté du Valois décide, en 1308, de négocier avec le Supérieur de l’abbaye de Saint-Crépin-le-Grand à Soissons le départ des moines bénédictins du Mont Saint-Pierre pour installer à leur place les religieux de l’ordre de Murrone. En dédommagement, le roi leur cède 280 arpents de bois en forêt de Laigue, neuf familles serves et le monastère de Saint-Crépin-aux-Bois.
Les nouveaux occupants venant d’Ambert, au nombre de six, prennent possession de bâtiments dont on ignore la configuration, l’importance ou même l’état. Pour assurer la communauté religieuse de son soutien, Philippe le Bel la dote de revenus. En 1309, il fait don de 200 livres de rente à prendre annuellement sur le droit de péage au passage de l’eau à Jaulzy et octroie aux moines le droit de panage dans la forêt de Cuise, ainsi que le droit de pâture en toutes saisons pour leurs bœufs et leurs vaches. En 1312, il leur accorde le privilège de prélever annuellement 80 livres de rente sur les tailles de Pierrefonds ainsi que le droit de pâturage pour leurs bêtes à laine.
Si la plupart des monarques qui succèdent à Philippe le Bel confirment ces libéralités, certains rois en accordent d’autres. En 1322, Philippe le Long fait don de 120 arpents de bois dans la forêt de Laigue, Philippe VI de Valois octroie aux moines, en 1329, une rente annuelle de 21 muids de vin à prendre en certains lieux en la vallée de Montigny, Courtieux et dans les hameaux appartenant à la prévôté de Pierrefonds. Louis XI cède en 1468 et 1473 plusieurs parcelles de terres, marais ou bois aux alentours du monastère. En contrepartie, les moines en assurent la mise en valeur et les aménagent en pré ou en vivier. Louis XI confirme aux célestins leur mission d’administrateurs de la maladrerie de Pierrefonds.
Largement dotés par les rois, les célestins du Mont Saint-Pierre-en-Châtre le sont aussi par des princes de sang ou des personnalités ecclésiastiques et locales. Au XIVè s., le cardinal Pierre d’Ailly, qui a consacré un ouvrage à la vie de Saint Célestin, leur lègue par testament une maison située à Compiègne. A la fin du XIVè s., Louis d’Orléans, frère de Charles VI, se montre très généreux. Outre l’édification de la chapelle entre 1398 et 1400 (évoquée plus haut), il fait don en octobre 1400 d’une rente annuelle de 100 livres ainsi que de quelques fiefs situés dans Cuise. Devenus co-seigneurs de Cuise, les moines de Saint-Pierre-en-Châtre y exercent alors un droit de moyenne et de basse justice.
En échange de prières pour le salut de leur âme, mais aussi en contrepartie de l’accueil et formation des novices, les donateurs contribuent largement à la constitution du patrimoine foncier des célestins, lesquels réalisent également des acquisitions par actes d’achats ou d’échanges. C’est ainsi que les moines deviennent propriétaires de maisons, dépendances, moulins, terres et viviers, à Génancourt, Retheuil, le Vivier Frère Robert ou La Chesnoy. La déclaration de leurs revenus et biens faite au bailliage de Senlis en 1547 montre aussi qu’ils tirent leurs revenus des redevances, cens ou rentes qu’ils perçoivent sur des territoires qui s’étendent jusqu’à Compiègne et aux villages d’alentour.
L’énoncé de l’aspect temporel du prieuré ne doit pas éluder la mission principale des moines, à savoir la prière et la méditation. Ils doivent vivre selon les règles et observances édictées dans la Constitution. A la tête du monastère, le prieur, élu tous les trois ans lors du chapitre provincial réuni au monastère de Paris, est le garant du maintien de cette discipline.
Parmi leurs missions, les moines doivent aussi recevoir charitablement leurs hôtes. Sur cette question, l’hospitalité des célestins de Saint-Pierre en Chastres est reconnue pour être excellente. Le plat « l’omelette à la Célestine » fait venir les voyageurs et les enfants du pays.
La communauté des frères de Saint-Pierre-en-Chastres est assez restreinte mais elle permet le départ de quatre d’entre eux pour fonder en 1331 le monastère de Ste Croix d’Offémont et de six autres pour fonder celui de Paris en 1352. Le monastère reçoit des novices dont l’un des plus illustres a été Robert de Jussy, secrétaire des rois Philippe de Valois, Jean le Bon et du dauphin Charles V.
D’après Léon Lecestre, la communauté compte en 1768, neuf religieux avec un revenu de 12 968 livres.
La suppression du prieuré de Saint-Pierre-au-Mont-de-Châtre ainsi que des deux autres monastères célestins du diocèse de Soissons est officiellement actée par le Bref du Pape Pie VI en septembre 1778. Les religieux se retirent avec des pensions et les biens sont unis par l’évêque de Reims à des usages pieux et utiles envers des établissements ou communautés du diocèse de Soissons.
Depuis les temps les plus anciens, le Mont Saint-Pierre est un lieu solitaire où l’homme s’est réfugié, protégé, isolé ou recueilli. Les ruines du Mont Saint-Pierre évoquent tout un illustre passé de vie monastique commencé dès le Moyen-Âge. La fermeture définitive du monastère célestin en 1778 a mis un terme à la grandeur architecturale et monumentale du site. Laissé à l’abandon à la veille de la Révolution, le monastère est vendu comme bien national en 1791. Le projet ambitieux du nouveau propriétaire de transformer le site en un domaine privé d’habitation avec jardins à la française donne lieu à la démolition des bâtiments conventuels et d’une partie de l’église. Abandonnant son projet, il cède le site. Rattaché au domaine, le prieuré de Saint-Pierre-en-Châtre devient ruines mais séduit l’œil des peintres romantiques, qui laissent à la postérité de superbes gravures conservées notamment au musée Antoine Vivenel à Compiègne.
Au XXè s., le très majestueux pavillon, loué à des familles avant de devenir une maison forestière de l’Office national des forêts, ainsi que les ruines, font l’objet de mesures de protection : les ruines de la chapelle sont classées Monument historique le 7 juin 1905 et le pavillon est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques le 14 septembre 1949.
Le XXIè s. ouvre la voie de la réhabilitation et de la préservation du site grâce au projet d’aménagement défini conjointement par l’Agglomération de la région de Compiègne et le Festival des forêts à la suite d’une étude conduite par MM. Simon et Damée, qui comprend notamment la création d’un théâtre de verdure à l’intérieur des ruines et d’un autre à l’extérieur. Cette initiative permettra d’accueillir le public lors de manifestations culturelles et artistiques et ne manquera pas de rendre au lieu toute la place qu’il mérite dans l’histoire et dans le patrimoine monumental de notre région.
Texte écrit par Cécile Gambier.